
Cette semaine encore, les prix ont fait le grand écart. Pas à cause d’une vague de froid. Pas à cause d’une panne. À cause de ce qui se passe à 5 000 kilomètres d’ici.
C’est là le changement fondamental de ces dernières années : la géopolitique dicte désormais le prix de l’énergie autant que l’offre et la demande. Parfois davantage. Et en ce début septembre, tous les signaux convergent vers le même message : la pression monte sur les marchés à terme.
⚛️ Le nucléaire : des bonnes nouvelles qui n’effacent pas les risques
EDF vient d’obtenir l’autorisation pour lancer les travaux préparatoires des deux futurs réacteurs EPR2 de Gravelines, décret du 20 août 2026, publié au Journal officiel. C’est concret. C’est une étape réelle dans le programme de six nouveaux réacteurs, celui qui doit sécuriser notre production électrique sur les trente prochaines années.
Mais pendant qu’on construit l’avenir, le présent reste compliqué. Depuis le 20 août, la centrale nucléaire de Zaporijjia fonctionnait aux générateurs diesel de secours, déconnectée du réseau externe. Un cessez-le-feu intervenu début septembre a permis une réparation partielle mais la situation reste instable et sous surveillance de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique)
🔍 Il y a aussi un sujet plus discret, rarement évoqué dans les médias : la dépendance européenne à la Russie pour l’uranium. On a réglé, en partie, le problème du gaz russe. Reste à anticiper celui du combustible nucléaire. Le problème structurel ne disparaît pas, il se déplace.
🔌 Les réseaux électriques : une vulnérabilité que personne ne voulait voir
Le 2 septembre, un acte de sabotage sur une sous-station à Bergheim, près de Cologne, a mis à l’arrêt environ 4 200 MW de capacités de production. Une enquête antiterroriste a immédiatement été ouverte. Les réseaux électriques ont cessé d’être de simples infrastructures techniques, ils sont devenus des cibles stratégiques à part entière. Face à cette réalité, l’Europe renforce ses dispositifs, tant sur la protection physique des sites que sur la surveillance des cybermenaces.
Et les investissements structurels continuent en parallèle : 8,8 GW de nouvelles capacités éoliennes ont été installées en Europe au premier semestre 2026, soit +30 % par rapport à la même période en 2025 (Source : WindEurope). RTE poursuit également le développement des interconnexions françaises pour éviter les situations de pénurie locale quand un maillon du réseau se grippe. Ce sont les bons signaux. Mais ils prennent du temps. Le marché, lui, réagit dans la minute.
🔥 Le gaz : l’hiver approche et les réserves ne sont pas là
C’est le sujet qui inquiète le plus à court terme. L’intensification du conflit américano-iranien a paralysé une partie des flux de GNL dans le détroit d’Hormuz. Les cours européens du gaz ont bondi de plus de 75 % en deux mois, flirtant avec leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années.
Et le timing est particulièrement mauvais. ⚠️ Les réserves européennes de gaz ne sont remplies qu’à 65 % fin août, un niveau jamais vu à cette période depuis 2011 (Source : Gas Infrastructure Europe). La France s’en sort un peu mieux avec 70 %, mais reste loin de l’objectif de 85 % à atteindre au 1er novembre. Si le GNL bloqué au Moyen-Orient n’arrive pas en Europe avant les premières vagues de froid, la tension sur les prix va s’accélérer et les marchés à terme l’intégreront immédiatement.
Quelques facteurs viennent néanmoins modérer le tableau : ✅ la Norvège a augmenté ses exportations vers le continent, ✅ l’Ukraine a atteint ses objectifs de stockage en avance et dispose de capacités excédentaires, ✅ et les prévisions météo restent clémentes pour l’instant, ce qui limite le recours au gaz pour produire de l’électricité.
💡 Ce que ça change pour vos contrats professionnels
Le CAL27 électricité s’affiche aujourd’hui à 82,12 €/MWh. En novembre 2025, il était à 47 €. En moins d’un an, le prix de votre électricité 2027 a progressé de plus de 74 % sur les marchés à terme, sans que la plupart des exploitations n’aient rien vu venir. Et le PEG gaz CAL27 suit la même trajectoire, sous la pression conjuguée du conflit iranien, de la contraction du GNL mondial et de réserves européennes au plus bas depuis 2011. Ce sont ces deux marchés à terme qui déterminent concrètement votre budget énergie 2027, pas les tarifs affichés en vitrine. Or les mêmes signaux pèsent sur les deux simultanément : chaque semaine de tension géopolitique, chaque réserve insuffisante, chaque réacteur à l’arrêt pousse les deux courbes dans le même sens. Les grands industriels l’ont compris depuis longtemps : on ne subit pas les marchés à terme, on les anticipe. Laisser votre prochain renouvellement, gaz ou électricité, se faire sans stratégie d’achat structurée, c’est prendre le risque de renouveler quand les prix auront encore bougé.
📌 Ce qu’il faut retenir
L’Europe construit sa souveraineté énergétique sur le long terme, nucléaire, renouvelables, interconnexions. C’est la bonne direction. Mais les marchés à terme, eux, fonctionnent à la semaine. Entre la stratégie de fond et l’actualité géopolitique brûlante, c’est cette tension qui explique pourquoi le CAL27 ne restera pas éternellement à 57 €/MWh.
Chez Vinelec, nous suivons ces marchés au quotidien pour nos clients, signaux géopolitiques, données de stockage, courbes Futures EEX, pour savoir quand acheter, quand se couvrir, et construire avec eux une stratégie d’approvisionnement qui tient quelle que soit la prochaine turbulence.